Les politiques de développement se sont très souvent intéressées aux ressources naturelles sans qu’il y ait une prise en compte conséquente des capacités humaines nécessaires à la gestion efficiente desdites ressources. Le résultat de ces politiques aboutit à ce qui est connu sous le vocable de syndrome hollandais ou de malédiction des ressources conduisant à une mauvaise allocation des ressources financières et une moindre valorisation des ressources humaines. Ce scénario qui a été démontré dans nombre de pays richement dotés en ressources naturelles se vérifie aussi à bien des égards pour le cas guinéen. Qualifiée, en effet, de « scandale géologique », la Guinée, depuis son accession à l’indépendance en 1958, souffre d’une mauvaise utilisation de ses ressources humaines qui s’est par ailleurs manifestée par une hémorragie de ses cerveaux vers les pays limitrophes et l’Occident. Ce qui, en retour, a conduit à la gestion calamiteuse de ses ressources naturelles et une sorte d’impasse développementale.
Conscient de cet état de fait, le gouvernement de la République de Guinée, a initié un certain nombre de réformes au tournant des années quatre-vingt basées sur l’économie de marché en vue d’aboutir à terme à une valorisation optimale de ses ressources naturelles et humaines. C’est dans cette perspective qu’ont été mis en place le Programme de Renforcement des Capacités Institutionnelles (PRCI) en 1995 avec l’appui par les partenaires au développement et le Secrétariat National au Renforcement des Capacités (SENAREC) en 1999 par le gouvernement et plus récemment l’Institut d’Economie Africaine (INAFECON) en juillet 2007, par son premier congrès, avec le concours des institutions d’enseignement supérieur et de recherche scientifique.
Les premières initiatives dans le domaine de renforcement des capacités n’ont pu porter de résultats escomptés en Guinée, justement parce que le volet « renforcement des capacités humaines » n’était pas ciblé de façon systématique dans les programmes et politiques. Le présent projet portant sur la constitution d’un Répertoire des compétences guinéennes viendrait combler le vide informationnel sur les ressources humaines disponibles à l’intérieur et à l’extérieur (diaspora) du pays.
L’objectif du projet est de mettre à la disposition du gouvernement guinéen, du système d’enseignement supérieur et professionnel, du secteur privé émergent (mines, finance, agriculture, tourisme…) et des partenaires au développement une base de données sur les compétences humaines disponibles à l’intérieur et à l’extérieur (diaspora) du pays. Cette base de données qui restera actualisable constituera par ricochet une évaluation des investissements réalisés dans le développement du capital humain depuis une trentaine d’années et leurs retombées en termes de gains sur l’économie nationale ou de pertes sous forme de fuite de cerveau et de mauvaise valorisation des ressources humaines. La deuxième étape du projet consistera à la mise en place d’un programme de formation continue et de redéploiement de ces compétences selon les besoins de l’ensemble de l’économie (administration publique, universités, écoles professionnelles, organisations internationales, assistance technique, entreprises parapubliques et privées…). Ce qui explique la recherche de synergie devant découler de la collaboration d’une agence nationale de renforcement des capacités, le SENAREC, et d’une institution de recherche scientifique, l’INAFECON, pour la mise en œuvre du projet dont le succès dépendra aussi de l’appropriation par les partenaires au développement. L’objectif ultime du projet vise ainsi en l’amélioration de la performance de l’administration publique, des universités, des écoles professionnelles, de la gestion des entreprises et de la capacité compétitive des unités industrielles (mines, entreprises émergentes….) implantées dans le pays qui sont à la recherche des ressources humaines qualifiées. En retour, les partenaires au développement pourront se retrouver devant des interlocuteurs hautement qualifiés avec lesquels ils pourront accompagner le développement à long terme de la Guinée.
Le projet pourrait être réalisé initialement sur une période de 1 an 3 mois, soit d’octobre 2009 à décembre 2010 et glisser de façon modulaire sur les années suivantes pour le redéploiement professionnel et la formation continue selon les disponibilités budgétaires. Suivant les tâches spécifiées ci-dessous, il doit produire une base de données comportant l’évolution des cohortes des compétences formées dans les universités et institutions de formation professionnelle des Guinéens à l’intérieur et à l‘extérieur du pays. Ces ressources humaines seront répertoriées sur la base des critères de choix spécifiques tels que les diplômes obtenus dans les différents cursus universitaires et professionnels, les récompenses acquises (bourses, prix, brevets d’invention…) ainsi que les postes occupés dans les différentes spécialités et les différents secteurs professionnels aussi bien en Guinée qu’à l’étranger. Les étapes subséquentes du projet comportant la formation continue, le redéploiement professionnel et l’actualisation de la base de données devraient s’étendre sur les années suivantes. Les compétences répertoriées peuvent être des Guinéens de la diaspora ou de l’intérieur qui ont acquis des connaissances spécifiques par la formation et/ou par l’expérience professionnelle qui pourraient être redéployées dans des justes positions au sein de l’administration publique, du secteur privé et d’autres organisations en vue de les encourager à créer davantage de valeur ajoutée dans le processus de développement. Etant donné qu’en l’absence de tout emploi des compétences au juste poste et pour la juste rémunération ou la juste incitation au sein de l’administration publique et du secteur privé émergent, il est impossible d’arriver à un rythme de croissance à base large pour un développement durable du pays. Ce qui pourra se traduire aussi par une diminution de la corruption et une grande efficience dans le management de la Guinée.
Secrétariat National au Renforcement des Capacités (SENAREC) / Cabinet du Premier Ministre
Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD)
Coopération Technique Allemande au Développement / Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit (GTZ)